La prévôté de Chiny

A une époque qu’il est impossible de préciser faute de documents, mais certainement antérieure au XIIIe siècle, les comtes, par l’adjonction de villages voisins, firent du château de Chiny le centre d’une circonscription appelée prévôté. Ils placèrent à sa tête un prévôt chargé de les représenter, à qui ils confièrent des prérogatives militaires, administratives et judiciaires. L’étendue de cette juridiction ? Lors du dénombrement de 1541, elle comprenait : Chiny, Suxy, Straimont, Martilly, Lacuisine, Izel, Moyen, Pin, Jamoigne, Les Bulles, Termes, Rossignol, Tintigny, Breuvanne, Le Ménil, Bellefontaine, Saint-Vincent, Ansart et Lahage. L’autorité du prévôt s’étendait aussi sur des juridictions voisines, Etalle notamment.
Le prévôt veillait à la sécurité de la ville, à la rentrée des recettes domaniales, mais avant tout, il était juge. S’il exerce la haute justice (justice crimininelle) dans les villages, dans la ville, seule l’exécution corporelle est de son ressort. * Ce haut fonctionnaire, choisi parmi les nobles, était nommé par le souverain ou son représentant, mais dans les temps anciens, seulement pour une durée laissée au bon plaisir du prince.
Le prévôt est aidé par un lieutenant-prévôt qui peut le remplacer éventuellement. Il désigne sept juges choisis uniquement parmi les hommes de fief ** de la prévôté, non rémunérés mais défrayés. Le gouvernement désigne un clerc-juré pour remplir les fonctions de secrétaire et tenir les comptes du prévôt, un procureur d’office soutenant l’accusation et un haut-sergent ou sergent d’office, dont la mission se réduit à arrêter les coupables, et à lire et signifier les sentences et arrêts. La prison est placée sous la garde des sergents et geôliers préposés à la surveillance des prisonniers. Ils leur apportent la nourriture, les soins nécessaires et le réconfort d’un ecclésiastique, le tout aux frais de la recette prévôtale.
Sous les comtes de Chiny, la Cour féodale se réunissait dans le château, mais après sa destruction, elle fut réduite à tenir séance, soit chez le prévôt, soit de préférence dans une auberge de la ville où ses membres pouvaient trouver de quoi se rafraîchir et se sustenter, aiux frais toujours de la recette.
Ainsi fonctionna cette institution, jusqu’à ce que l’Ancien Régime soit balayé en 1795 par la Révolution française.

D’après A. PETIT, Chiny, mille ans d’histoire, ouvrage collectif, 1980, p. 109-111.

* Un tribunal seigneurial, composé d’un juge (prévôt, bailli, sénéchal…), d’un procureur fiscal (ministère public) et d’un greffier, représente habituellement le seigneur au niveau de la haute, moyenne et basse justice. D’après Wikipédia, l’encyclopédie en ligne.

** Seigneur ou homme de fief : propriétaire d'un fief ou d’une terre auquel sont attachés certains droits (lods, cens, ventes, champart, corvées, banalités, péages, chasse...). Un seigneur est souvent noble, mais pas nécessairement : certains roturiers ont acheté des seigneuries, ce fait était assez fréquent.

Source : www.geneafrance.org

Sur cette carte de la prévôté de Chiny, se distinguent

  • les seigneuries du domaine comtal : Suxy, Jamoigne, Termes, Izel-Pin-Moyen, Les Bulles, Lacuisine, Rossignol.
  • Les seigneuries foncières vassales : Tintigny, Bellefontaine et Saint-Vincent
  • Et les seigneuries haut-justicières enclavées

Anne Laret-Kayser, Entre Bar et Luxembourg : le comté de Chiny des origines à 1300, Brux., Crédit communal (Histoire, in-8°, 72), p219, 1986.

La seigneurie de Villemont

De la période romaine à la révolution française, Villemont, sa villa romaine d’abord, sa maison seigneuriale ensuite, a joué un rôle important dans l’histoire des villages environnants. La seigneurie de Villemont, propriété totale sans condition de vassalité (1270) du comté de Chiny vit se succéder nombre de familles nobles dont les plus anciens sont les Wez, du nom d’un petit village non loin de Carignan. Le château était la résidence du seigneur de Willemont dont la seigneurie s’étendait sur plus de 6.000 hectares et englobait les villages formant l’actuelle commune de Tintigny à l’exception de Rossignol et Le Ménil). Le château actuel, propriété de la famille de Jamblinne de Meux, a été incendié en août 1914 et reconstruit en 1922 presqu’à l’identique du château du 18ème siècle.