Orval en quelques mots

Le demi‐siècle qui s’enroule autour de l’an 1100 est dominé par ce bras de fer entre le pape et l’empereur connu dans l’histoire sous le nom de «querelle des Investitures » : chacun prétendait avoir le droit de nommer les évêques. C’est le pape qui a fini par l’emporter et cela dure encore. Le comte de Chiny était à la charnière des zones d’influence des deux antagonistes. Mais, sous l’emprise de l’énergique comtesse Mathilde et de Godefroy le Barbu duc de Basse‐Lorraine, le comte Arnould de Chiny était, si l’on peut dire, lui aussi dans le camp du pape. Sans doute, est‐ce la raison pour laquelle, en 1070, ils fixèrent à Orval, au cœur du comté de Chiny un petit groupe de bénédictins venus d’Italie. Mathilde n’était plus là à la mort d’Arnould vers 1110, or son fils et successeur, Othon, homme profondément religieux et grand amateur de pèlerinages était du parti de l’Empereur. Les bénédictins furent rappelés en Italie et le comte offrit la terre d’Orval à quelques chanoines réguliers originaires du Hainaut. C’est eux qui achevèrent en 1124 l’église mise en chantier par les bénédictins. Malheureusement, ils ne purent venir à bout de l’aridité du lieu et, en désespoir de cause, firent appel aux cisterciens déjà connus pour maîtriser les terres les plus ingrates. Le 9 mars 1132, sept moines de Trois‐Fontaines (en Champagne) envoyés par saint Bernard, se joignirent aux quelques chanoines et firent d’Orval la 59ème abbaye de l’Ordre cistercien. Depuis lors, Orval a toujours été une abbaye cistercienne.

Paul-Christian GREGOIRE, extrait de sa conférence à l’occasion de la publication de « L’abbaye d’Orval au fil des siècles », ed. Serpenois, 2002, in Aurea Vallis et Villare.

La nouvelle abbaye et les ruines de l’ancienne sont situées à 15 km de Chiny, direction Virton. www.orval.be

Sur ce contre-sceau d’Arnoul V de Looz, se distinguent clairement les deux poissons adossés, propres à la première dynastie des comtes de Chiny.

Lettrine du comte de Bar

Cette lettrine représentant le comte de Bar est tirée du Manuscrit du Roi, célèbre recueil de plus de 600 chants, rédigé vers le milieu du XIIIe siècle. Certains ont été écrits par des troubadours et des trouvères célèbres, mais aussi par des auteurs dont le nom s’est perdu. On attribue la réalisation de ce chansonnier à Charles d’Anjou. L’état du recueil est très mauvais. Certains textes ont été détruits. Il reste malgré tout l’un des principaux témoignages de l’art musical médiéval. Ce manuscrit est conservé à la Bibliothèque national de France. Il est accessible sur internet via l’encyclopédie en ligne Wikipédia.

Blason de chevalerie de Bar

Sur ce document d’archive, figure le blason de chevalerie des ducs de Bar. Bien présents les deux bars adossés sur fond bleu. Comme sur l’écusson des comtes de Chiny, on distingue de petites croix qui peuvent rappeler la participation des seigneurs de Bar aux croisades. Il est vrai que Thiébaut 1er de Bar (1158-1214), comte de Bar de 1191 à 1214 et comte de Luxembourg de 1197 à 1214, participa, dans le royaume de France, à la troisième croisade avec son frère Henri 1er qui fut tué au siège de Saint-Jean-d’Acre (1191).

L’écusson de la Ville de Chiny, comme bien d’autres armoiries, fut reconnu officiellement par le jeune Etat belge en 1938. Ce document est conservé actuellement au château du Faing, à Jamoigne, siège actuel du Collège des bourgmestre et échevins, et de l’administration communale.

Armoiries des comtes de Chiny (1ère dynastie) : reproduction du vitrail disparu d’Orval

Le comte Albert et la comtesse Agnes furent les premiers membres de la famille de Chiny à se faire enterrer à l’abbaye d’Orval. Les vitraux de la vieille église étaient ornés de leurs armoiries, ainsi que de celles de Marguerite de Lorraine (morte en 1349), épouse du comte Louis VI, enterrée elle aussi à Orval. Les vitraux n’existent plus, sans doute détruits par les troubles de la fin du XVIe siècle.
Mais les archives de Luxembourg en ont conservé le dessin dans un document qui daterait des environs de 1600 (cpte A XI 18). On supposera qu’il n’est pas entièrement fidèle à son modèle, en tous cas dans le rendu des têtes de poissons, qui évoquent plutôt des moutons. Le texte qui accompagne le document d’archives dit ceci (orthographe modernisée) :

« Au chapitre d’Orval, en la verrière du milieu, sont contenues les armoiries de Chiny, où, par le dessus de l’écusson, sont reproduits deux personnes tenant la semblance d’une tour en leurs mains comme fondateurs du monastère, où avant la passade de Senlis se tenait inscrit en vitre du côté droit : Albert, comte de Chiny, et contigu de cet écrit, en descendant en bas de l’autre côté : Agnès, comtesse de Chiny.
(Ligne suivante ) : Portrait des armoiries de Chiny
(Ligne suivante à la droite de l’écusson) : Le champ de gueules
(Ligne suivante, côté droit, milieu de l’écusson) : Semé de sept croix d’or brodées de sable
(Ligne suivante, côté droit, bas de l’écusson) : Les deux truites d’or
(Lignes suivantes, en-dessous de l’écusson) : Les armoiries de Bar se trouvent en la vieille chapelle des abbés que dessus et à une autre chambre dépendant d’icelle par terre, lesquelles sont semblables à celles de Chiny excepté qu’au lieu de truites, sont barbeaux, et au lieu de champ de gueules, en celles de Bar, ce champ est d’azur. »

Jean-Claude DELHEZ, La signification des armoiries du comté de Chiny, Cahier Brunehaut n° 16, p. 8, 2003.

Armoiries des comtes de Looz et de Chiny : reproduction du vitrail disparu d’Orval

Grâce à un dessin de 1600 conservé aux archives de Luxembourg, on apprend que l’écusson de la seconde dynastie, celle des Looz-Chiny, figurait aussi sur un vitrail de l’ancienne église d’Orval. Le texte accompagnant le dessin dit ceci (orthographe contemporaine) :

« (En-tête) : Portrait des armoiries qui sont à Orval au-dessus du sépulcre et tombeau de Madame Marguerite, comtesse de Looz et Chiny, laquelle repose à la senestre d’excellents prince Wenceslas de Bohême.
(Côté gauche de l’écu :) Dix barres, cinq d’or et cinq de gueules
(Côté droit de l’écu :) Le champ de gueules
(Ligne suivante côté droit :) Les truites d’or
(Ligne suivante côté droit :) Les sept croix d’or brodées de sable
(Texte sous l’écu :) Semblables armoiries sont en une verrière qui est en état dans l’ancienne chapelle des abbés, proche la chambre d’Ivoix, au vieux cloître. »

Jean-Claude DELHEZ, La signification des armoiries du comté de Chiny, Cahier Brunehaut n° 16, p. 9, 2003.

Mathilde, comtesse de Briey, suzeraine de Chiny, duchesse de Toscane

Cette illustration représente la fameuse Mathilde qui a donné son prénom à la fontaine d’Orval et provient d’un manuscrit conservé dans les archives du Vatican. Mathilde tient à la main la Rose d’Or, surprême distinction réservée par le pape aux souverains. Ce privilège fut probablement accordé par Grégoire VII, pour son rôle à Canossa. (Archive Alfred Leroy)

Une légende lui attribue la naissance du monastère d’Orval suite à un geste de gratitude : «la veuve Mathilde, ayant par mégarde laissé tomber son anneau nuptial dans la fontaine de cette vallée, se mit à supplier Dieu, et aussitôt une truite apparut à la surface de l'eau, portant en sa gueule le précieux anneau. Mathilde s'écria alors : " Vraiment, c'est ici un val d'or ! ", et elle décida par reconnaissance de fonder un monastère en ce lieu béni.» (www.orval.be)

Orval à travers l’objectif de Michel Laurent : quelques photographies des ruines de l’ancienne abbaye cistercienne et de l’abbaye contemporaine. © Maison du Tourisme de la Semois, entre Ardenne et Gaume.