La chapelle Notre-Dame de Luxembourg

« (…) La messe y est célébrée quelquefois, notamment le 8 septembre. Le quatrième et le cinquième dimanches après Pâques, le clergé et les fidèles vont chercher processionnellement la statue de la Vierge qui la décore pour l’installer à l’église paroissiale. Le dimanche suivant, la Vierge est reportée, de même, à la chapelle. Cette cérémonie attirait autrefois en foule les populations des localités voisines et prenait les proportions d’un pèlerinage. La chapelle a remplacé un ancien petit sanctuaire ouvert et muni d’un grillage, érigé au même endroit mais de l’autre côté de la route, et qui est entouré de sapins.

L’entrepreneur Lavigne, chargé de la construction, fit démolir l’ancienne chapelle pour en utiliser les pierres. On alla quérir aussi les meules du moulin Vignol qui, depuis un demi-siècle, dormaient dans l’enclos du vieux moulin, et qui furent brisées pour fournir des pierres de taille. Tous les transports, y compris ceux des autres matériaux, furent exécutés « à la corvée » c’est-à-dire gratuitement par les charretiers de Chiny.

Parmi les débris de l’ancienne chapelle, figuraient cinq ou six grandes dalles en schiste ardoisier ayant servi de marches à l’escalier donnant accès à la porte grillagée. Retournées, ces dalles apparurent comme étant d’anciennes pierres tombales portant les épitaphes de plusieurs comtes et comtesses. L’administrateur principal de la commune, dont il vaut mieux ignorer le nom, fut consulté sur la destination à donner à ces pierres. Sans hésiter, il émit l’opinion catégorique que « ces gens-là ne devaient pas davantage passer à la postérité que les simples citoyens ». Et sur son ordre, les pierres furent mises en pièces et utilisées à la maçonnerie. »

Extraits de notes rédigées par Paul Merlot (Chiny 1882 – Bruxelles 1938), communiquées par Joseph Forget, in Jean-Marie MOREAU, La vie à Chiny de 1815 à 1914, reflet d’une société rurale, 1983, p. 75 et 76.